mardi 9 septembre 2014

Arrêtez d’écrire vos noms sur les gobelets en plastique !

Le crime du XXIème siècle, ce n’est pas la République de Crimée qui rejoint ces fanfarons de bolchéviques, ce n’est pas la croissance qui peine à se lancer au pays des Droits de l’Homme, ni même la chute de la civilisation européenne au mondial 2014 du Brésil. Non, ce statut est réservé à un tout autre événement. Que dis-je, un phénomène ! Cette abomination, nous l’avons tous faite. Nous avons tous eu cette faiblesse.

Il est question ici des prénoms, ou des surnoms (puisque tout le monde se plaît à s’en donner un sans réellement l’assumer), écrits au marqueur noir, et accessoirement bleu, sur des gobelets en plastique, dans les soirées psycho-mondaines.

Voilà un exemple. Bon... Sans commentaire, n'est-ce pas ?

Qu’on se le tienne pour dit, il existe aujourd’hui une adoration de la société de l’urgence. Il suffit simplement d’analyser les présentations de deux groupes d’amis pour s’en rendre compte : chacun se fait la bise rapidement sans réellement prendre connaissance de la personne qu’elle embrasse (avant de coller nos joues sur celles d’une demoiselle, il aurait été bon de se renseigner sur son herpès).

Tant et si bien que l’entre-soi devient en général la prochaine étape de ces introductions. Les deux groupes se séparent, les individus rejoignent le mâle alpha de leur équipe, et s’entame alors une séance de dévisagement (ça se dit ce mot ?). C’est rapide, clair et expéditif. Mais c’est surtout d’un triste.

C’est ce besoin incessant de rapidité et de fluidité qui nous force à n’exister que sur les surfaces d’un récipient en plastique. Oui môsieur !

Les plus férus de conversation ouvriront la voix, parleront au sexe opposé ou se trouveront des compagnons de poilade. Les plus timides resteront avec leurs homologues, tantôt pénétrant dans une brèche ouverte par les premiers, tantôt décochant un petit regard furtif aux protagonistes présents.

Les plus asociaux sortirons leurs téléphones portables pour tweeter un truc du genre : « En soirée avec mes potos, trop bien la vie des jeunes !! #J’aiPasdeVie #EnFaitJmeFaisChier #SauvezMoi #Suicide ». Ou se risquer sur un Snapchat en duckface histoire de montrer qu’ils sont bien solitaires dans leurs mièvres tentatives d’exister dans le bain de l’inexistence virtuelle.

Mais au final, on repart tous dans son chez-moi. Après tout, notre société est ainsi, et la refuser vous fera passer au mieux pour un réfractaire, au pire pour un réactionnaire (ou, si vous insistez, pour Jean-Luc Mélenchon officiellement sponsorisé par Pepperidge Farm, brandissant un cookie rougi de trotskisme).  

Malheur à ceux qui, dans notre société ultramoderne, écrivent leurs pseudos sur un gobelet avec un marqueur, car il n’est rien de plus préhistorique que cela. Cette hérésie, c’est un peu l’ancêtre commun de Facebook et Instagram. Et plus vous le ferrez, plus le monde chutera dans sa décadence.

C'est tellement plus YOLO de se faire un rail de Facebook !

De l’apologie de l’oubli


On pourrait croire que marquer un récipient de son nom pourrait être une raison de ne pas passer inconnu face aux autres. Aussi chacun essaiera de trouver une façon originale d’écrire son petit surnom. Et toutes les techniques sont possibles.

En biais, pour signaler que vous maîtrisez la calligraphie d’une main de maître, et êtes aptes à graver les plus magnifiques des objets phalliques de vos doigts souples et délicats ; dans l’horizontal le plus parfait, pour signifier que vous êtes le plus strict des flegmatiques, et qu’avec vous ce sera la droiture de l’esprit rigide ; n’importe comment, avec des lettres aussi grosses que des pommes et d’autres tout autant petites qu’elles pourraient en être leurs pépins, variant le style et la forme, pour scander votre amour de l’art mais surtout, de l’art-narchie.  

Hélas, vous aurez beau tourner et détourner tous les moyens possibles d’écrire votre nom, personne ne s’en souviendra, ni même n’aura la décence de prêter attention à ce qu’il y aura dessus. Non seulement votre gobelet se retrouvera dérobé en milieu de soirée par un esquimau baveux, dont la salive aura accumulé la crasse d’à peu près une centaine de cuvettes de chiottes à la ronde, mais en plus verra sa composition effacée à mesure que coulera l’alcool.

Ainsi les « Jean » muteront en « Jean ‘cule’ », les « Lolo », sans queue ni tête, en nibards et les « Coco » en « Coco ‘nut’ » ou autres « Coco ‘Rico’ », humour tout droit sorti des chantiers de BTP. Et croyez-moi, n’importe qui peut être victime de ce vice, car l’imagination humaine est sans limite. J’ai cité trois exemples, mais nos amis les beaufs se chargeront d’en imaginer un millier d’autres.

Alors, non seulement on vous oubliera, mais en plus de cela on se foutra de votre gueule. Et c’est connu, la raillerie lors de festivités, ça rassemble les gens plutôt que de les foutre les uns sur les autres. Essayez-donc, le prochain soir, de rajouter « Ducul » au gobelet de monsieur Ray, le rugbyman. On verra s’il ne vous ferra pas avaler votre slip plié en quatre !

Les fins de soirées avec un marqueur en lice


Vous savez, ces moments où vous êtes tellement fatigué, arrivé le lever du jour, et où vous vous endormez immanquablement dans le canapé, sur lequel votre fessier vient de passer les 5 dernières heures. Et bien c’est à cet instant précis que le relou de la soirée se souvient qu’il était le dernier du groupe à avoir écrit son nom et qu’il possède encore l’objet de tous les malheurs (ou bonheurs, dépend du point de vue) : le marqueur.

On le sait, et on ne cesse de vous le dire, si vos amis sont des gens de confiance, ils peuvent – dans de nombreux cas – se transformer en de véritables bourreaux. Comme je le précisais précédemment, l’humour est relatif. La façon de faire de l’humour, elle, est instinctive. Donnez un marteau à un forgeron, et il frappera son enclume. Donnez un rouleau à pâtisserie à un boulanger, et il pétrira le pain. Donnez un sextoy à un réalisateur, et… Enfin vous avez compris l’idée quoi. Si, dans la logique, vous donnez un marqueur à un farceur, ne vous endormez pas.

Sans quoi vous deviendrez une patte brisée dormant comme une enclume sur un lit calciné par votre déchéance. Autrement dit : vous serez la proie des plus atroces des viols picturaux. Vos détracteurs se donneront à cœur joie de dessiner pénis, vagins, poils, moustaches et autres fantaisies sur les parties dévoilées de votre corps. A moins de vous être endormi dans un sac mortuaire, rien ne saura échapper à la folie meurtrière des personnes avec qui vous avez pourtant bien rigolé quelques heures avant. 

Vous ne voulez tout de même pas ressembler à ça ?

Et si vous travaillez le lendemain, vous avez intérêt à vous trouver à proximité d’une douche ou de n’importe quelle salle d’eau apte à épurer vos souillures dans les plus brefs délais. Je ne prendrai pas ici le temps de vous expliquer le nombre de litres d’eau gaspillés pour effacer ces conneries, provoquant par effet papillon l’accélération de l’assèchement planétaire global. Oui mes pauvres amis. Il est temps de vous rendre compte que, parfois, vous faites bien souffrir la biomasse terrienne.

C’est so 2005 !


Non seulement nous sommes entrés dans le XXIème siècle, mais nous y sommes à présent jusqu’au cul. Au diable ceux qui utilisent le champ lexical de l’aube ou du lever de soleil pour qualifier notre ère. Le XXIème siècle, nous en avons vu la forme et le fond depuis une paire d’années. A l’heure où vous lisez ces lignes, nous écrivons un monde dont on parlera encore pendant un siècle comme l’on parle aujourd’hui des années 1910.

Or, il est indéniable que si l’on parle des années 20, des sixties, des seventies, ou encore de la vague de vêtements moches kakis, fuchsia et cyan des années quatre-vingt dix, personne – ô que les dieux m’en soient témoins – personne ne parle de ce qu’il s’est déroulé entre les années 1900 et 1909 ! A l’exception des naïfs de la laïcité qui pensent encore que la loi de 1905 est toujours d’actualité (sans déconner les mecs, atterrissez ou sortez de votre trou), personne sur Terre n’est capable de dire ce qu’il s’est passé dans cette période.

Voilà ce que l'on retiendra des années zéro (plutôt badass d'ailleurs)

Parle-t-on des années zéro ? Non, puisqu’il s’agit là des années… Zéro ! C'est-à-dire de l’époque du rien, de la nullité, du vide, de l’oubli. Et si vous pensez me contredire en citant quelque chose se déroulant dans cette période, je n’aurais qu’à vous dire de laisser votre peine perdue sur le bas côté de la route et de vous résigner à avancer dans notre nouvelle époque. Parce que, hein, faut pas déconner.

Dans cette même optique, écrire son nom sur un gobelet est un mouvement de mode qui date des années 2005, grand maximum (oui, j’ai fait des recherches extrêmement sérieuses à ce sujet, pensiez-vous que j’écrirais un article sans savoir de quoi je parle ?). Or, les années 2005 correspondent siècle pour siècle à l’année de… 1905 ! Tiens donc, quelle coïncidence du hasard inattendu !

Si donc par corrélation la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat est obsolète plus de cent ans après avoir été faite, concernant la manie d’écrire son pseudo sur son verre, par un référentiel similaire – donc – les enfants de nos enfants considéreront ce procédé comme étant obsolète également (et ils rajouteront même « lol y zété tro pa SWAG nos ancétre !!1 »).

Vous avez envie de vous ridiculiser face à l’intelligence ultime de nos descendants ? Et bien non je ne pense pas. Alors, vous savez ce qu’il vous reste à faire. On est en 2014 bordel !

Conclusion


D’ailleurs, que nous reste-t-il à faire, spécialement lorsque nous voulons trouver une nouvelle façon de retenir nos identités et mettre des noms sur nos visages ? Que faire lorsque le monde entier semble se liguer contre notre adoration de la spontanéité et du vrai ? Que faire lorsque, à chaque instant, la majorité des personnes que l’on rencontre est amenée à nous oublier et à ne plus communiquer avec nous – jamais ?

Ma réponse à cette question, et ma conclusion, sera de vous affirmer que vous n’avez rien à faire. Et effectivement, plus vous tenterez d’y remédier, plus vous vous mentirez à vous-même. Car le monde est fait ainsi, de personnes qui vous oublient et sont amenées à vous ignorer plus tard. Arrêtez de chercher à avoir plus d’un millier d’amis sur les réseaux sociaux et partager vos vies dans ce monde où l’existence est tout aussi dupe qu’un « J’aime ».

Les gens vous oublient, c’est naturel. Le monde vous oubliera, c’est un fait. L’on ne se souviendra pas plus de vous si vous montrez à tous quel nom l’on vous donne que si vous aviez cherché à changer la nature des autres. Pour ainsi dire, arrêtez d’écrire vos noms sur les gobelets en plastique, écrivez-les plutôt dans les cœurs des gens.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire